Alice Zerini-Le Reste

Alice Zerini-Le Reste, Les Icônes, 2020-2021

Machine no1 – glaçure et acrylique sur porcelaine et grès, 42 x 14 x 10 pouces (107 x 35.5 x 25.5 cm)
Machine no2 – glaçure et acrylique sur porcelaine et grès, 38 x 23 x 10 pouces (96.5 x 58.5 x 25.5 cm)
Antenne no1 – Glaçure sur grès, 45 x 10 x 10 pouces 114.5 x 25.5 x 25.5 cm)

Les Icônes

Les Icônes est un projet débuté durant l’automne 2020 lors d’un séjour de trois mois à Saint-André-de-Kamouraska, cette escale donna naissance à la première série : Machines (présenté dans le dossier visuel). M’imprégnant du milieu agricole, je me suis penchée sur les formes, couleurs et design qui le caractérise. Tracteur, moissonneuse, charrue, herseuse; la machinerie a toujours eu son appartenance au décor rural avec son esthétique propre, servant l’utilitaire avec une élégante simplicité. Par le biais de ces appareils, je me suis intéressée à la magnificence qu’ont certains objets et au chevauchement ambigüe qui peut exister entre le passé et le présent, le mécanique et l’organique, l’imaginaire et le réel. Faisant immerger la nostalgie rattachée, je me suis servi de ces icones pour les transposer à la céramique. Il s’agit ici d’un décloisonnement entre les objets réels : leur fonction, leur territoire et leur époque, avec leur valeur esthétique, émotionnelle et sensorielle. J’ai joué avec ces formes, afin de les reconstruire et de me les réapproprier pour que les œuvres deviennent à leur tour machineries ou outils insolites. Cette réflexion a pris vie par une addition de diverses pièces à l’allure mécanique, superposées et assemblées les unes sur les autres pour donner des structures modulables, instables et imposantes.

À la vue de celles-ci, on retrouve aussi l’idée de joindre, d’une certaine manière, céramique et performance. Il est question ici de donner l’opportunité à ce matériel si précieux de se transformer; de se dégourdir hors des socles en créant une communication entre l’objet, l’espace et l’humain. La performance se retrouvant lors de la construction des structures et par les pièces elles-mêmes, via leur pouvoir d’action destructive sur l’espace.

Cet hiver, le projet a tenté une poursuite à Montréal, prenant place cette fois-ci sur les toits de la métropole, s’inspirant des antennes et structures les peuplant. Un autre sujet, vestige d’une autre époque, se démarquant par son design unique. Coupoles paraboliques, antennes planaires, filaires, à cornet ou à fentes, se sont transféré à la céramique pour créer divers monuments verticaux délicats mais imposants.

Se retrouvant dans la Station de Mies-Van De Rohe, les structures sont réunies, comme en conversation dans l’espace. Propre à leur territoire, d’un côté rural et de l’autre urbain, celles-ci revoient avec un regard presque documentaire ou archiviste une esthétique passée et présente. L’ensemble donnant lieu à un décor presque ludique, nous laissant observateurs et observatrices d’un vertige de formes imposantes occupant et questionnant l’équilibre, la précarité, et le jeu. Une discussion allant au-delà des contraintes, fêtant l’inutile, l’absurde et la prise de risque.

About

Alice Zerini-Le Reste est, depuis 2018, étudiante à Concordia au sein de la majeure de céramique. Sa pratique artistique se voit collaborative et multidisciplinaire s’étendant du dessin, à la céramique, en passant par le textile, la vidéo, la photographie, l’impression ou l’installation. Exerçant parallèlement le métier de matelot sur le Fleuve Saint-Laurent, territoire et mouvance sont parties prenantes de son travail. C’est sur la mer qu’elle retrouve cette rencontre entre le corps et le déplacement, y faisant émerger une connexion engagée au paysage tout en lenteur et en attente. Elle s’intéresse à la matérialité de ces concepts et à leurs influences dans l’œuvre afin de comprendre ce qui lie temps, espace et objet. Elle tisse ensemble ces thématiques pour voir de quelle façon elles interagissent: L’œuvre peut-elle agir en tant qu’archive d’un instant ou d’un lieu ? Comment peut-elle transposer un espace à un autre ? L’œuvre est-elle en soi fixe ou mobile ?

Son travail est empreint d’une curiosité envers les médiums et leurs supports, se dévoilant par expérimentation, déconstruction et transformation. Elle utilise le hasard comme outil et partenaire créatif pour donner des résultats imprévisibles et légèrement inconfortables. On reconnait sa ligne délicate, mais solide, d’une symétrie maladroite. Recroisant architecture, urbanisme et histoire de l’art, ses œuvres examinent la mémoire collective pour en sortir une narration alternative, humoristique et critique.

À travers la céramique, Alice Zerini-Le Reste donne un accès particulier à la matière. Exploitant souvent des ressources locales et incongrues ; couleurs, formes et fusion des éléments sont des variables ancrées dans sa démarche. Conçues avec l’imprévu, ses œuvres apportent la céramique à un autre niveau de fragilité, celui de l’objet qui pourrait tomber et casser à tout moment. Travaillant de manière naïve et spontanée, elle en vient à des résultats vertigineux et marqués par la rapidité de l’exécution. La transformation de la terre au fil des cuissons y fait ensuite émerger l’aspect amolli, cassant et immuable de ce matériel.

 

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